Fissure à la centrale nucléaire de Penly : ce que l’on sait

LOU BENOIST / AFP Cette photographie prise le 9 décembre 2022 montre la centrale nucléaire de Penly à Petit-Caux, le long de la côte de la Manche. (Photo de Lou BENOIST / AFP)

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Pourquoi la fissure de la centrale nucléaire de Penly “pose problème” selon l’ASN

NUCLEAIRE – Une fissure plus importante que prévu, une stratégie à revoir et de nouvelles incertitudes pour la production nucléaire française en 2023 : de nouveaux défis se posent pour EDF après la découverte de la corrosion “important” dans un circuit de secours d’un réacteur à Penly (Seine-Maritime).

“Corrosion sous contrainte”De quoi parle-t-on ?

Bien connue dans l’industrie, la corrosion sous contrainte signifie qu’un matériau se dégrade et se fissure au contact d’un environnement chimique, sur quelques millimètres.

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Ce phénomène a été détecté en octobre 2021 dans le parc nucléaire d’EDF, à proximité de soudures sur des portions de tuyauteries en inox. Cela concerne notamment les circuits d’injection de sécurité (RIS), qui servent à envoyer des trombes d’eau d’eau borée (contenant de l’acide borique) pour refroidir le réacteur en cas d’accident.

Depuis sa détection, EDF a constaté que le problème touchait principalement les réacteurs les plus récents et les plus puissants (1 300 et 1 450 MW), en raison de leurs sections de tuyauterie plus longues, avec plus de soudures, et donc plus fragiles.

Pourquoi la fissure de Penly est-elle d’un genre nouveau ?

EDF a révélé dans une note mise en ligne le 24 février un “défaut important” sur l’une de ces canalisations de secours à Penly 1 (Seine-Maritime), mise en service au début des années 1990.

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Cette fois la fissure n’est pas ” microphone “ mais “important”d’une taille jamais envisagée auparavant : il « s’étend sur 155 mm, soit environ un quart de la circonférence du tuyau, et sa profondeur maximale est de 23 mm, pour une épaisseur de tuyau de 27 mm »a détaillé l’Autorité de sûreté nucléaire.

“On était donc assez proche d’une fuite”a assuré à franceinfo Karine Herviou, directrice générale adjointe de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN).

Autre nouveauté, cette fissure semble être liée à la façon dont la tuyauterie a été installée et soudée lors de la construction de l’usine.

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“Il y a eu une démarche qui n’est pas acceptable, qui consistait à forcer un peu les tuyaux pour les aligner pour les souder, et il y avait des défauts sur cette soudure qui ont entraîné une deuxième réparation”Le président de l’ASN, Bernard Doroszczuk, s’est expliqué mercredi devant l’Assemblée nationale.

Comment EDF gère-t-il le problème ?

EDF est contraint depuis fin 2021 d’arrêter un certain nombre de réacteurs pour les vérifier et les réparer : 16 des 56 réacteurs français sont concernés. Des travaux sont en cours ou prévus en 2023 pour 10 d’entre eux.

Initialement, EDF avait prévu d’inspecter d’abord les réacteurs par ultrasons (sans avoir à couper les canalisations) avant d’annoncer des réparations automatiques en décembre.

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Ces réparations majeures ont contribué à faire chuter la production d’électricité nucléaire en 2022 à son plus bas niveau historique, en pleine crise énergétique, et à creuser les pertes de l’électricien (17,9 milliards d’euros en 2022). La France a cependant échappé aux coupures d’électricité grâce aux efforts d’EDF pour reconnecter ses réacteurs fin 2022.

Enfin, EDF s’estimait en novembre “sortir d’une situation de crise”. Mais avec la nouvelle fissure, de nouvelles incertitudes émergent.

Qu’attend EDF ?

“On est sur un point singulier, on n’est pas sur une explication générique. Cela ne veut pas dire que ce défaut ne peut pas apparaître ailleurs »a prévenu le patron de l’ASN.

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Le gendarme du nucléaire a donc convoqué mardi EDF pour “révisez votre stratégie” résoudre le problème.

« EDF va donc devoir (…) contrôler un peu plus en profondeur ses canalisations susceptibles d’être concernées », a précisé le n°2 de l’IRSN. Avec la conséquence potentielle de “retarder le redémarrage de certains réacteurs”.

“S’il est un peu tôt pour tirer des conclusions (…), cela s’inscrira évidemment dans l’évolution de leur analyse de la production nucléaire à l’horizon 2023”a estimé Emmanuelle Wargon, présidente de la Commission de régulation de l’énergie.

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